Peut-on payer pour de l’innovation ?

Dans l’article sur le rachat de Beats par Apple, j’évoquais la perte de sa capacité à innover pour devoir acheter les bonnes idées aux autres.

Même dans notre société gouvernée par l’argent, le fric a des limites : il y a certaines choses que l’argent ne peut acheter. L’amour et le bonheur viennent évidemment à l’esprit en premier (quoi que), mais on pourrait également évoquer le temps qui passe (l’éternité), la conscience, le passé ou la politique.

Mais quid de l’innovation ?

innovation_achat

L’innovation est basée sur la créativité, et la créativité se nourrit des motivations intrinsèques : curiosité naturelle, joie ou envie d’apprendre, ou le frisson que donne la résolution d’un problème difficile. Peut-on par l’argent rendre des personnes créatives ? Difficile, aussi beaucoup d’entreprises ont appliqué à la lettre ce constat. Elles lancent des initiatives sur l’innovation et attendent que leurs employés y consacrent leur temps libre, gratuitement bien sûr !

La vision de la recherche
Les recherches universitaires sur la promotion de l’innovation en sont encore aux balbutiements et ne fournissent que peu d’aide. Dans un article de 2013 de Strategic Management Journal, Oliver Baumann et Nils Stieglitz ont montré que le sociétés pourraient accroître l’efficacité des processus de génération d’idée en offrant des récompenses pour leurs employés. Sauf que l’on sait que l’innovation en entreprise – la fameuse boite à idées – ne conduit qu’à des créations mee-to, très loin des attentes d’innovations radicales.

Quelques tentatives rares
Certes, l’argent n’encourage que l’innovation de petits pas, version copie du voisin. Mais au moins, elle permet à l’entreprise d’avancer. Larry Page, créateur de Google et ennemi connu de l’innovation radicale, a déclaré à Forbes il y a quelques années qu’environ 70 % du portefeuille de l’innovation de Google étaient du mee-too. Google a même institué cette pratique avec la règle dite de 20 % du temps. Google permet à ses employés d’utiliser une fraction de leur temps de travail, généralement de 15 à 20 %, pour poursuivre des projets personnels. Bien sûr, Google fait figure d’exception, la grande majorité des entreprises n’offrant de telles facilités à leurs salariés. Pire, ces activités, si elles existent, doivent se faire sur le temps personnel, donc hors du périmètre rémunéré par l’entreprise.

Alors, que faire ?
La première démarche dans l’entreprise serait d’arrêter le snobisme de l’innovation :

  • Prétendre que l’innovation est réservée à quelques esprits privilégiés parce que créatifs.
  • Privilégier l’innovation radicale, la seule digne, et dénigrer l’innovation incrémentale.
  • Croire que l’innovation est un processus fondamentalement différent des autres processus de l’entreprise, dont il est impossible de mesurer la performance.

La seconde démarche est de repenser l’innovation :

  • En l’alignant sur les objectifs stratégiques de l’entreprise.
  • En définir quel genre d’implication elle doit avoir ou non sur chaque poste au sein de la société.
  • En établissant des mesures de la participation à chaque niveau de l’entreprise.

La troisième et dernière démarche est de récompenser l’innovation comme on le ferait pour n’importe quelle autre performance : avec des promotions, de l’avancement, des primes ou une augmentation de salaire.

Alors, oui, l’argent pourra acheter l’innovation !

 

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